Cela me semble être l’expression imagée de ce que je pense à propos de la perception du féminin par l’homme en général et par bon nombre de femmes elles-mêmes, en raison des conditionnements reçus. Cela revient à démystifier tous les attributs fétichistes projetés sur le physique féminin, ceci bien entendu dans un cadre qui peut varier d’une culture à l’autre, puisque, selon l’époque et le lieu, le regard masculin découpe le corps féminin en valorisant telle ou telle partie plutôt que telle autre. Les femmes comme les hommes gagneraient, je crois, à s’affranchir de ces préjugés qui mènent à percevoir la femme d’abord comme objet sexuel. Et les femmes de mon rêve pour récuser ce fétichisme ont l’air de dire : « Et pourquoi pas ceci, pourquoi pas cela, pendant qu’on y est… ». Cela ressemble, en plus restreint mais non moins significatif, à ce que, dans le film de Jean Luc Godard, Le Mépris, Camille (Brigitte Bardot) dit à Paul (Michel Piccoli) (« Et mes chevilles tu les aimes ? …» Pieds, chevilles, genoux, cuisses, etc, tout y passe ou presque. Une longue et désolante énumération des parties corporelles (comme si l’amour se découpait en morceaux à la manière de la carte du bœuf (joue, collier, bavette, poitrine, paleron, onglet, aloyau, etc). On sait que dans ce film la confusion de l’amour avec seulement le désir érotique est une méprise qui engendre le mépris, celui de la femme pour un homme qui l’exploite comme il exploite son corps.
Dans mon rêve on trouve, sous une autre forme, la même contestation de la femme-objet ainsi fétichisée. Elles traduisent une volonté d’être perçues d’abord comme êtres humains à part entière et sur des critères qui ne soient pas exclusivement instinctuels, (physique, sexe et fonction reproductrice prioritaires), ce qui veut dire que, tout en tenant compte de sa liberté de choix (mais est-ce vraiment un choix si conditionnement culturel il y a ? ) une femme ne devrait pas être perçue ni se percevoir elle-même en premier lieu sous l’angle de l’attraction sexuelle, de la séduction et de la fonction reproductrice, mais avant tout comme ce qu’elle est non moins essentiellement, c'est à dire un être de capacité intellectuelle, inventive, créative, entreprenante, aimante et spirituelle. Mais attention ! Je ne veux pas dire par là que la femme, pas plus que l’homme d’ailleurs, devraient se comporter come des êtres angéliques, au risque de justifier la pensée de Pascal « L'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête »
D'ailleurs, cette prévalence de l’humain dans la perception réciproque des hommes et des femmes n’exclut pas du tout, à mon sens, les sentiments amoureux, les relations affectives ni le désir mais il y a une façon de vivre les choses, un ordre de priorité et une échelle de valeurs qui changent tout. Cela n’abolit pas non plus la courtoisie ou le romantisme ni même « les jeux de l’amour et du hasard » mais en les débarrassant des préjugés archaïques de captation, domination, manipulation, utilisation, d’un sexe par l’autre, car ce sont des formes perverses de relation malheureusement assez répandues. Soit on continue à mettre notre animalité, en premier plan et les problèmes du couple ne seront jamais réglés, soit on humanise nos désirs, nos actes et nos comportements et alors tout peut changer sur le plan relationnel. Le problème est qu’il n’y a pas, à mon humble avis, beaucoup d’hommes ou de femmes vraiment prêt(e)s à changer leur manière de se percevoir soi même et de percevoir l’autre, dans la mesure où chacun(e) croit, même en étant de bonne foi, que ses pulsions, ses visions et ses visées sont naturels et normaux alors qu’ils sont largement façonnés par la tradition, l’habitude, l’éducation institutionnelle ou celle « de la rue » et donc chargés de préjugés sexistes qui faussent tout. C’est très difficile, les habitudes ont une force d’inertie inouïe !
Votre regard toujours bienvenu, Bill
